La Chaîne de Valeur de l'Entreprise

 

 

Cet article vous est proposé par Daniel Haumont, qui est l'un des plus fidèles partenaires du cabinet Etudorca.

De double formation scientifique et business (Ingénieur, CPA), Daniel Haumont a exercé en qualité de professeur de mathématiques puis d'ingénieur en Informatique et Télécommunications, chef de projet et d'ingénieur d'affaires au sein de grands groupes. Il a animé de nombreux séminaires internationaux en français et en anglais

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Le concept économique de VALEUR

Une Organisation, quelle que soit son activité, quelle que soit sa forme juridique, n’existe que pour créer de la Valeur. En termes moins théoriques, ceci peut s’exprimer sous la forme suivante :

Une Organisation a pour but de mettre à la disposition d’utilisateurs des produits et/ou des services. L’argent est un moyen de mesurer la Valeur accordée par le client à ce qu’il acquiert. L’aspect monétaire n’est pas indispensable à la matérialisation de la création de Valeur, toutefois, il en est en général la concrétisation.

Cet outil de quantification qu’est l’argent est aussi un moyen d’échanger, de mesurer et de partager la Valeur ; quant à l’Entreprise, elle, sa raison d’être est d’ajouter de la Valeur par le travail de ses employés et par l’utilisation des ressources financières mises à sa disposition (le Capital). L’État l’a très bien compris : il taxe la Valeur ajoutée.

Ceci est vrai pour les entreprises commerciales mais aussi pour les associations, les écoles et les universités et même pour les ONG. Seule la forme de la Valeur créée varie :

  • Pour les entreprises industrielles, la Valeur est matérialisée dans les produits, de même pour les services 

  • Pour les écoles, la Valeur est stockée sous forme de matière grise dans les têtes des élèves pour plus tard être restituée dans la vie professionnelle 

  • Pour les associations ou les ONG, la Valeur créée est en général immédiatement restituée sous forme de services rendus

Le concept économique de création de Valeur  est universel ; il peut être étendu à toute activité. Un hôpital ou un médecin sauvegarde le potentiel de création de Valeur qui existe dans les personnes qui sont soignées . Seule la mort détruit à jamais le potentiel de Valeur.

Une Municipalité en tant qu’Organisation crée de la Valeur en facilitant par exemple l’installation d’entreprises ou en créant une crèche qui permettra à des parents de créer de la Valeur en travaillant à l’extérieur tout en construisant un potentiel de Valeur au travers de leurs enfants mis à la crèche.

Il serait possible de multiplier à l’infini les exemples.

 

En conclusion, si la matérialisation de la Valeur réside dans les produits et services offerts sur le marché, le potentiel de Valeur réside dans les individus. Toute Organisation en faisant travailler ensemble des personnes et du capital transforme ce potentiel en réalité monnayable ou charitable.

 

Comment et où créer de la Valeur ? 

Le concept de la Chaîne de Valeur

 

C’est Michael Porter (Harvard) qui dans les années 80 a imaginé le concept ; il a décomposé l’activité de toute organisation en un certain nombre de sous-activités. L’Entreprise se doit d’optimiser l’utilisation de ses moyens humains et financiers afin de maximiser la Valeur ajoutée qu’elle crée. Pour ce faire, elle se doit de répondre à un certain nombre de questions telles que :

 

  • Faire travailler le Capital sera-t-il plus efficace que faire travailler des salariés ?

  • La sous-traitance permettra-t-elle à l’Entreprise d’être plus efficace ?

  • Délocaliser la production permet-il d’être plus efficace ?

Toutes ces questions sont centrées sur la notion d’efficacité. Elles peuvent donner l’impression d’une optique court ou moyen terme et c’est exact.

Si l’entreprise n’a pas identifié par ailleurs ses compétences clés, elle ne les développera pas et son potentiel de création de Valeur diminuera avec le temps, jusqu’à éventuellement tendre vers zéro.

 

La Chaîne de Valeur se compose de 2 catégories d’activités (voir schéma) :

 

  • Les activités de soutien

    • Infrastructures de l’entreprise

    • Ressources Humaines

    • Recherche et Développement

    • Approvisionnements

  • Les activités principales

    • Logistique amont (interne)

    • Production / Opération

    • Logistique aval (externe)

    • Marketing et Ventes

    • Services

 

(Schéma extrait du livre de Michael Porter  "l'Avantage concurrentiel")

 

Les activités de soutien

Les Infrastructures de l’entreprise sont constituées de toutes les immobilisations participant au fonctionnement général de l’entreprise à l’exclusion de celles dédiées exclusivement à l’exploitation (la chaîne de montage d’un modèle d’auto n’en fait pas partie ; le système de réservation d’une compagnie aérienne en fait partie).

Les processus organisationnels de l’entreprise relèvent aussi des infrastructures.

 

Les Ressources Humaines concernent la valorisation du potentiel humain de l’entreprise par la formation et la multiplication des expériences au sein de l’entreprise ; l’efficacité de la communication interne au sein de l’entreprise est un facteur important de la gestion des ressources humaines.

Cette activité RH ne concerne pas la gestion opérationnelle des équipes de production ou de ventes.

 

La Recherche et Développement concerne aussi bien les aspects techniques que les aspects design de la Recherche et du développement.

 

Les approvisionnements concernent la gestion des achats en général (politique générale d’achats) ainsi que les modalités (juste à temps, stock de matière première).

 

Les activités principales

La logistique interne se réfère à la liaison entre les approvisionnements destinés à la production et la production elle-même : gestion de la sous-traitance, juste à temps. Dans le cas des services, il y a lieu d’adapter le concept au type de service ; par exemple, les systèmes de réservation dans le transport ou l’hôtellerie ont une composante stockage avec une date de péremption correspondant à la date à laquelle le service doit être fourni ;passé cette date, un stock de sièges ou de chambres ne vaut plus rien, d’où le Yield Management.

 

La Production (industrie) ou l’Exploitation (services), aussi dénommée Opérations, a été longtemps le cœur de l’entreprise, en particulier industrielle. Pourtant, aujourd’hui, il lui arrive d’être complètement sous-traitée, à l’étranger (délocalisations : textile, chaussures), mais aussi dans le pays (équipementiers dans l’automobile), ceci afin d’optimiser le partage de la Valeur créée (pour l’entreprise, la Valeur créée est concrétisée au moment où le client la paye).

Dans le domaine des services, la Valeur peut être crée en temps réel (coiffeur) ou par étapes (dans le transport aérien, elle est créée en deux étapes : la réservation, puis la gestion du vol au sol et en l’air).

 

La logistique externe concerne tout ce qui se passe en aval de la production: gestion des stocks de produits finis, transport (sous-traité ou en interne), plates-formes de stockage intermédiaire.

 

Le Marketing et les Ventes : il y a lieu de bien distinguer les deux fonctions. Une entreprise peut traiter en interne l’une et sous-traiter, à différents degrés, l’autre (réseaux de distributeurs). Une entreprise vendra donc ou non directement au consommateur final.

L’Oréal ne vend pas ses produits directement au consommateur final (celui-ci ne fait jamais un chèque au nom de l’Oréal), mais il lui vend pourtant son Image (Marketing : Publicité). La fonction Vente  de l’Oréal s’adresse aux acheteurs professionnels des différents réseaux de distribution.

La grande distribution, elle, vend des produits qu’elle n’a pas fabriqués et aussi de l’Image : celle de l’hypermarché. (NB : les marques de distributeurs – MDD - ne sont que des marques sur des étiquettes ; le produit a été fabriqué à la demande de la grande distribution par un fournisseur industriel classique qui en général fabrique aussi sous sa propre marque).

 

Le Service prend une Valeur de plus en plus importante dans de nombreuses Chaînes de Valeur d’entreprises. Il ne faudrait pas restreindre l’aspect service au seul service après vente qui n’est qu’une composante du Service parmi d’autres.

La notion de Service est éminemment dépendante de l’Industrie et de l’entreprise à laquelle on s’intéresse ; le financement est une composante du service lors de l’achat d’une voiture par exemple. La possibilité, offerte ou non, de changer sa réservation pour un vol en est une autre. Le parking, gratuit ou pas, d’un magasin est un autre exemple.

  • Le schéma décrit ci-dessus peut être adapté suivant les entreprises.

  • La Valeur est créée dans chacun des chaînons évoqués ci-dessus. De bonnes liaisons entre les chaînons contribuent à la création de Valeur.

 

Qui bénéficie de la Valeur créée ?

Le Client achète un produit ou un service pour lequel il paye la Valeur créée par l’entreprise.

Mais, qui récupère la Valeur créée dans l’entreprise ?

Les employés qui sont ceux qui consacrent leurs journées à créer de la Valeur pour l’entreprise en sont souvent  les premiers bénéficiaires sous la forme de salaires. Les salaires représentent souvent la plus grande partie de la Valeur Ajoutée.

Les Organismes sociaux (URSSAF, Caisses de Retraite) captent une partie de la Valeur créée (une partie sera restituée au salarié sous forme de retraite).

Les Collectivités (État, Région, Département, Commune) en perçoivent une partie sous forme d’impôt (Impôt sur les Sociétés, Taxe Professionnelle …).

Les Banques éventuellement perçoivent des intérêts.

Les Fournisseurs sont payés.

 

L’Entreprise en pratiquant les Amortissements légaux relatifs aux Immobilisations garde une partie de la Valeur sous forme de Marge Brute d’Autofinancement.

 

Les Actionnaires reçoivent une partie de la Valeur créée sous forme de dividendes et en laissent une partie dans l’entreprise (Réserves), ceci à condition que l’entreprise ait fait du bénéfice dans l’année. Si l’entreprise n’a pas d’actionnaires (Association), la Valeur correspondante reste totalement à l’intérieur de l’entreprise.

 

Quel est le but de l’Entreprise dans l’exploitation 

de sa Chaîne de Valeur ?

 

Une Entreprise, si elle est totalement intégrée verticalement, peut créer de la Valeur dans chacun des chaînons. Elle peut aussi décider en fonction de ses savoir-faire et d’impératifs économiques décider de privilégier certains chaînons et de sous-traiter d’autres.

 

Ceci fait partie de « l’art » de mettre en œuvre une Stratégie d’entreprise.

 

D.H. - 19 mars 2001

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