Europe de l'espace, ou Europe de la puissance ?Carole André-Dessornes

 

Europe de l'espace ou Europe de la puissance ?

 

L' article qui suit vous est proposé par Carole André-Dessornes.

Munie d'un solide bagage polyculturel, Carole André-Dessornes accompagne ces entreprises dont les terrains d'intervention se déploient à l'échelle du globe.

Carole invite ses publics à naviguer à travers le temps et les civilisations pour mieux comprendre les causes et les enjeux des problématiques actuelles. Les thèmes qu'elle développe visent à fournir des clés de compréhension d'un monde devenu plus complexe et instable que jamais.

Carole André-Dessornes est l'auteur de "La géopolitique : un outil au service de l'entreprise". éditions Management & Société, Collection Pratiques d'Entreprise, Vade-Mecum, 2006. 

 

 

Se demander si l’on s’oriente vers une Europe de l’Espace ou une Europe de la puissance revient à se poser la question de savoir jusqu’où peut-on élargir l’Union européenne.

 

A l’heure où les États-unis se sont imposés comme la seule superpuissance mondiale et où d’autres puissances, comme l’Inde et la Chine, émergent, quelle place l’Europe peut-elle escompter occuper ?

 

L’Union européenne, avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie prévue pour 2007, comprendra 27 membres. La Croatie et la Macédoine n’ont pas tardé à formuler, à leur tour, leur demande pour entrer dans cette Europe. On comprend dès lors que l’Europe est une union à géométrie incertaine et des plus fluctuantes.

L’Europe, à l’heure actuelle, n'est pas véritablement un bloc unifié ! Une certaine volonté politique semble toutefois émerger, mais celle-ci se trouve, pour le moment, privée de la moindre spécificité géographique fixe.

Le problème aujourd’hui est de savoir si ce processus d’adhésion va se poursuivre indéfiniment !

La candidature de la Turquie ne fait que soulever le problème, longtemps passé sous silence, des limites géographiques, culturelles, religieuses et économiques de l’Union.

 

Le défi majeur est donc bien celui de la construction d’une Europe puissance sauvegardant le multilatéralisme et faisant face à la puissance américaine.

 

Pour une approche de l’identité de l’Union européenne.

 

Pour le moment, la construction européenne reste une association d’États. Cette Europe exerce une forte attraction à l’extérieur, ce qui est loin d’être le cas à l’intérieur.

Cette construction de l’Union européenne a en quelque sorte contribué à exacerber les particularismes nationaux. En effet, la conscience d’appartenir au même peuple européen n’est qu’accessoire.

 

Clarifier l’identité européenne est devenue essentielle. Les Européens ont du mal à déterminer les limites de l’Union européenne, ce qui a tendance à affaiblir toute volonté de faire émerger une Europe puissance. L’Europe puissance exclut la réduction d’une Europe à un simple espace de prospérité et un outil de diffusion de la démocratie.

 

Tant que l’Europe ne sera pas clairement définie, toute demande de nouveaux pays s’avèrera légitime dans la mesure où ces candidats mettront en avant leur volonté de démocratisation.

 

De la conviction des adhérents dépendra également l’avenir de cette Europe puissance. Pour un certaine nombre d’entre eux, l’Union européenne a comme unique finalité le fait d’être un immense marché unique, pour d’autres il manque une dimension politique. La crise irakienne en 2003 a été le révélateur d’une certaine défiance de membres à l’égard de l’édification d’une Europe puissance.

 

Jusqu’où élargir ?

 

L’élargissement s’est fait, jusqu’à maintenant, aux dépens de l’approfondissement. Cet élargissement conduira-t-il inévitablement à une Europe marché sans autre objectif que d’offrir un espace de transactions de plus en plus large au détriment d’une Europe puissance ?

L’Europe, à peine réunit-elle 25 États, que l’attention se focalise sur les possibilités d’agrandissements ultérieurs. Les prochaines étapes relatives à cet élargissement ne peuvent aller que vers l’Est, le Sud-Est, voire l’Asie centrale et le Sud avec le Maghreb.

Le grand candidat à venir est la Turquie, qui est au cœur de nombreuses polémiques. Jusqu’à maintenant la politique consistait à gagner du temps, or aujourd’hui, il s’avère bien risqué de revenir en arrière. Cependant, la politique extérieure du pays peut constituer un obstacle et pas des moindres : cette politique laisse apparaître un souverainisme bien ancré ! Cette même Turquie montre les signes d’une volonté de réaliser la synthèse entre Islam et Démocratie et devenir par là même un modèle pour les autres États musulmans. Il convient avant tout d’éviter de tomber dans le réflexe du repli identitaire.

 

L’Europe serait-elle « un club chrétien » ? A défaut de frontières clairement établies, le christianisme serait-il le critère fondamental d’européanité ? Cela semble bien réducteur et problématique ! A l’heure actuelle, il paraît incontestable que cette notion de frontière est purement arbitraire.

 

L’élargissement réduit-il les chances d’une Europe puissance ?

 

Où fixer les limites ? Il semble évident que plus on s’achemine vers l’Est et le Sud, plus on touche à des régions dites « instables » ! Élargir sous-entend assumer les problèmes, les tensions que les nouveaux entrants peuvent connaître avec leurs voisins ! Ce qui exposerait l’Union européenne à un risque croissant d’instabilité interne.

Qui plus est, il est également clair que l’élargissement a tendance à diminuer la possibilité d’une prise de décision émanant d’une seule voix.

 

Quelle alternative pour l’Union européenne ?

 

Il paraît vain de vouloir accueillir un nombre inconsidéré de pays, sans approfondir l’Union Européenne existante. L’UE peut néanmoins entamer des relations de voisinage privilégiées avec les membres de la CEI, le Bassin méditerranéen…

Mais il est essentiel de comprendre qu’aujourd’hui, sans Union, aucun pays n’est en mesure de jouer un rôle de puissance sur la scène internationale.

 

Les Européens ne pourront exister qu’à partir du moment où le leitmotiv sera l’Union et non plus une juxtaposition d’États souverains, et donc quand l’intérêt général primera sur les intérêts particuliers !

 

Carole André-Dessornes

Septembre 2005

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