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Carole André-Dessornes
Se demander si l’on
s’oriente vers une Europe de l’Espace ou une Europe de la puissance
revient à se poser la question de savoir jusqu’où peut-on élargir
l’Union européenne.
A l’heure où les
États-unis se sont imposés comme la seule superpuissance mondiale et
où d’autres puissances, comme l’Inde et la Chine, émergent, quelle
place l’Europe peut-elle escompter occuper ?
L’Union européenne, avec
l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie prévue pour 2007,
comprendra 27 membres. La Croatie et la Macédoine n’ont pas tardé à
formuler, à leur tour, leur demande pour entrer dans cette Europe.
On comprend dès lors que l’Europe est une union à géométrie
incertaine et des plus fluctuantes.
L’Europe, à l’heure
actuelle, n'est pas véritablement un bloc unifié ! Une certaine
volonté politique semble toutefois émerger, mais celle-ci se trouve,
pour le moment, privée de la moindre spécificité géographique fixe.
Le problème aujourd’hui
est de savoir si ce processus d’adhésion va se poursuivre
indéfiniment !
La candidature de la
Turquie ne fait que soulever le problème, longtemps passé sous
silence, des limites géographiques, culturelles, religieuses et
économiques de l’Union.
Le défi majeur est donc
bien celui de la construction d’une Europe puissance sauvegardant le
multilatéralisme et faisant face à la puissance américaine.
Pour une approche de
l’identité de l’Union européenne.
Pour le moment, la
construction européenne reste une association d’États. Cette Europe
exerce une forte attraction à l’extérieur, ce qui est loin d’être le
cas à l’intérieur.
Cette construction
de l’Union européenne a en quelque sorte contribué à exacerber les
particularismes nationaux. En effet, la conscience d’appartenir au
même peuple européen n’est qu’accessoire.
Clarifier
l’identité européenne est devenue essentielle. Les Européens ont du
mal à déterminer les limites de l’Union européenne, ce qui a
tendance à affaiblir toute volonté de faire émerger une Europe
puissance.
L’Europe puissance exclut la réduction d’une Europe à un simple
espace de prospérité et un outil de diffusion de la démocratie.
Tant que l’Europe
ne sera pas clairement définie, toute demande de nouveaux pays
s’avèrera légitime dans la mesure où ces candidats mettront en avant
leur volonté de démocratisation.
De la conviction des
adhérents dépendra également l’avenir de cette Europe puissance.
Pour un certaine nombre d’entre eux, l’Union européenne a comme
unique finalité le fait d’être un immense marché unique, pour
d’autres il manque une dimension politique. La crise irakienne en
2003 a été le révélateur d’une certaine défiance de membres à
l’égard de l’édification d’une Europe puissance.
Jusqu’où élargir ?
L’élargissement
s’est fait, jusqu’à maintenant, aux dépens de l’approfondissement.
Cet élargissement conduira-t-il inévitablement à une Europe marché
sans autre objectif que d’offrir un espace de transactions de plus
en plus large au détriment d’une Europe puissance ?
L’Europe, à peine
réunit-elle 25 États, que l’attention se focalise sur les
possibilités d’agrandissements ultérieurs. Les prochaines étapes
relatives à cet élargissement ne peuvent aller que vers l’Est, le
Sud-Est, voire l’Asie centrale et le Sud avec le Maghreb.
Le grand candidat
à venir est la Turquie, qui est au cœur de nombreuses polémiques.
Jusqu’à maintenant la politique consistait à gagner du temps, or
aujourd’hui, il s’avère bien risqué de revenir en arrière.
Cependant, la politique extérieure du pays peut constituer un
obstacle et pas des moindres : cette politique laisse apparaître un
souverainisme bien ancré ! Cette même Turquie montre les signes
d’une volonté de réaliser la synthèse entre Islam et Démocratie et
devenir par là même un modèle pour les autres États musulmans. Il
convient avant tout d’éviter de tomber dans le réflexe du repli
identitaire.
L’Europe serait-elle
« un club chrétien » ? A défaut de frontières clairement établies,
le christianisme serait-il le critère fondamental d’européanité ?
Cela semble bien réducteur et problématique ! A l’heure actuelle, il
paraît incontestable que cette notion de frontière est purement
arbitraire.
L’élargissement réduit-il les
chances d’une Europe puissance ?
Où fixer les limites ?
Il semble évident que plus on s’achemine vers l’Est et le Sud, plus
on touche à des régions dites « instables » ! Élargir sous-entend
assumer les problèmes, les tensions que les nouveaux entrants
peuvent connaître avec leurs voisins ! Ce qui exposerait l’Union
européenne à un risque croissant d’instabilité interne.
Qui plus est, il
est également clair que l’élargissement a tendance à diminuer la
possibilité d’une prise de décision émanant d’une seule voix.
Quelle alternative pour
l’Union européenne ?
Il paraît vain de
vouloir accueillir un nombre inconsidéré de pays, sans approfondir
l’Union Européenne existante. L’UE peut néanmoins entamer des
relations de voisinage privilégiées avec les membres de la CEI, le
Bassin méditerranéen…
Mais il est essentiel de
comprendre qu’aujourd’hui, sans Union, aucun pays n’est en mesure de
jouer un rôle de puissance sur la scène internationale.
Les Européens ne
pourront exister qu’à partir du moment où le leitmotiv sera l’Union
et non plus une juxtaposition d’États souverains, et donc quand
l’intérêt général primera sur les intérêts particuliers !
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